Faire un épisode d’anime: quelles sont les étapes et les difficultés ?

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Image de l’anime « Shirobako », un anime à voir si vous vous intéressez à l’industrie de l’animation japonaise.

Qu’est-ce que ça demande de faire un épisode d’anime ? Comment procède-t-on ? Généralement, quand j’ai une petite panne d’inspiration et que je vous demande des idées d’article, ce sujet là revient quasiment à chaque fois. Evidemment, j’aimerais bien répondre à vos attentes; le problème, c’est que je ne suis pas assez renseignée pour vous offrir un article complet sur le sujet. Alors pourquoi suis-je malgré tout en train d’écrire ces lignes ? Parce qu’on me le demande souvent, déjà, et que je vois beaucoup de gens descendre des studios pour la qualité de leur animation, et que je pense que cet article serait l’occasion de montrer un peu la réalité de l’industrie de l’anime.

Mais comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas la personne la plus qualifiée pour parler de ça, donc cet article sera plutôt une compilation de liens vers des posts qui parleront de la création d’un épisode d’anime mieux que je ne pourrais jamais le faire moi-même.

Avant, peut-être que ça vous intéresserait aussi de lire mon article sur ce que ça implique de créer un anime: pourquoi on en fait ? qui décide de les faire ? qu’est-ce qui décide du nombre de saisons ?

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  1. Pour commencer, je vous propose un graphique qui détaille chacune des étapes de la production d’un épisode d’anime. Ca résume plutôt bien n’importe quel grand discours sur le sujet. (A noter cependant que tous les studios ne suivent pas forcément le même schéma.) Ce graphique vient du site anglais du studio d’animation AIC, mais je l’ai trouvé sur Washi’s Blog, qui a un excellent article détaillant chacune des étapes du graphique. Et à la fin de ce même article, il y a plein de liens vers d’articles utiles sur le même sujet, donc si vous êtes curieux de savoir comment on fait un épisode d’anime, et que vous comprenez l’anglais, c’est vraiment l’article que je vous conseille de lire. prod
  2. Ensuite ! Danny Choo, de Culture Japan, se posait la même question que nous, et est allé mener sa petite enquête directement sur le terrain. La vidéo ci-dessous a été filmée au sein du studio J.C.Staff, et nous montre les différentes étapes de la production d’un épisode.
  3. Et maintenant qu’on a vu le processus par lequel on passe pour faire un anime, je pense qu’on a tous conscience du travail colossal que ça demande de faire ne serait-ce qu’un seul épisode. Et comme si ce n’était déjà pas assez dur comme ça, les employés travaillent tous dans des conditions assez déplorables. Pour finir, j’aimerais vous rediriger vers un tweet qui nous fait une petite piqure de rappel quant aux conditions dans lesquels sont produits nos anime.

« Certaines personnes, comme le producteur, le réalisateurs, certains designers et assistants producteurs, touchent un salaire durant toute la production, donc on essaie de réduire les horaires de travail pour limiter le coût de la production.

Mais la plupart des membres du staff sont des « freelancers »(/travailleurs indépendants).

Financièrement, c’est impossible de faire travailler tous les employés au sein du studio. Seulement un studio a su le faire, le studio Ghibli.

Le problème n’est pas que les studios sont radins.

Les studios d’animation japonaise sont de petites entreprises qui se démènent avec les budgets accordés par leurs clients. Ils ne détiennent aucun droit.

Généralement, ils ne font pas d’importants bénéfices et ne sont pas en mesure d’investir leur propre argent dans la PI qu’ils créent.

Au Japon, les budgets pour l’animation sont ridiculement bas.

Dans les années 60, pour mettre en place son idée de produire des séries animées hebdomaires, Osamu Tezuka a demandé aux animateurs de faire un tas de sacrifices. Travailler très dur, pour un très petit salaire.

50 ans plus tard, c’est toujours la norme.

Lors de la production d’une série télévisée, un animateur est généralement payé autour de 36€ (40$) pour animer une « cut ». Et les « inbetweeners » gagnent autour d’1€80 (2$) par dessin.

Pour vivre de leur métier, les animateurs doivent travailler très vite, et ne peuvent pas se permettre de travailler seulement sur une série. Une grande partie des animateurs sont des travailleurs indépendants qui travaillent pour plusieurs studios à la fois.

Le problème, c’est que l’industrie de l’anime produit maintenant trop de contenu, à un rythme extrêmement rapide.

Il n’y a pas assez d’animateurs qualifiés et expérimentés pour superviser la production et enseigner aux débutants.

Les studios n’ont d’autres choix que de travailler avec des animateurs peu qualifiés, parfois même avec des amateurs qui font ça seulement pour un passe-temps.

Ils n’ont aussi pas d’autres choix que de d’externaliser le travail dans d’autres pays, pas pour limiter les dépenses, mais pour finir l’épisode à temps.

Tout le monde dans l’industrie est constamment incroyablement occupé.

Surtout les animateurs qualifiés. Mais même les plus médiocres sont demandés régulièrement.

Et c’est très courant que personne ne travaille sur votre série jusqu’au tout dernir moment, parce que tout le monde se démène déjà ailleurs pour respecter les délais d’autres productions.

Actuellement, c’est aussi courant d’entendre les gens parler de « miracle » quand un épisode est diffusé à temps. Parfois, son animation n’a commencé que deux semaines avant la diffusion, et des épisodes peuvent être terminés seulement quelques heures avant d’être montrés à la télévision. La qualité sera peut-être médiocre, mais ce qui compte le plus, c’est d’avoir quelque chose à mettre à l’écran. »

Bon, je plaide coupable: je me plains aussi souvent de la qualité d’animation. Mais quand un épisode est particulièrement dégueulasse à regarder, comme c’était le cas cette semaine avec Dragon Ball Super, ou comme ça a déjà été le cas avec Sailor Moon Crystal, DRAMAtical Murder,…, c’est l’occasion de penser aux conditions dans lesquels sont contraints de travailler les animateurs. Et d’appécier le travail qu’ils font, même si parfois ils ne sont pas toujours à la hauteur, parce que comme on a pu le voir à travers cet article, c’est un travail monstre que de produire un anime, et les conditions de travail des employés sont catastrophiques. Et les budgets ne sont jamais énormes, il faut souvent faire des coupes, et les studios essaient de rattraper la qualité de l’animation tant bien que mal dans les DVDs/Blu-ray (parce qu’à ce moment là, le budget est plus important).

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dramaaaUn animation médiocre est forcément vue comme un défaut; il n’empêche que ça serait bien si on pouvait essayer de mieux comprendre les raisons derrière un travail « bâclé ».

Voilà, c’est ici que s’arrête cet article: j’espère que vous l’avez trouvé intéressant, et qu’il vous a plu ! Et que maintenant, vous comprenez mieux l’industrie de l’anime, et comment fonctionne la production d’un anime. Avec toutes les critiques que s’est pris le dernier épisode en date de Dragon Ball Super, j’ai pensé qu’il serait important de se rappeler le travail monumental derrière chaque épisode d’anime, et tous les sacrifices que font les employés.