Anime pour « fujoshi » ?

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Voilà maintenant une semaine que j’ai publié l’article intitulé « Est-ce que Yuri!!! on Ice pourrait, mais surtout /devrait/ être plus gay ? ». L’anime n’a pas perdu de temps pour répondre à toutes les questions que j’y posais, alors entre temps, je l’ai mis à jour, pour dire que j’étais optimiste concernant la suite, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’exprimer ma réticence face à l’officialisation de cette relation. Pour moi, le problème majeur, c’est le public ciblé par cet anime: les fujoshi. Beaucoup n’ont pas compris comment j’en étais arrivé à la conclusion que cet anime visait un tel public.

J’imagine que la confusion vient de la connotation du terme « fujoshi »: par définition, il désigne les filles fans de boys love, les romances entre deux hommes, écrites par des femmes pour d’autres femmes (généralement hétéros). Alors quand je dis « anime pour fujoshi », c’est vrai que ça pourrait impliquer tout anime avec ce fameux sous-texte homoérotique dont on a déjà tant parlé, voire carrément un anime « yaoi ». Mais pas forcément ! Parce que de plus en plus, le mot « fujoshi » est utilisée comme un équivalent féminin d’ « otaku ».

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Donc quand on parle d’anime pour « otaku », on entend anime avec du fanservice à base de lolis, corps aux proportions irréalistes, seins qui défient les lois de la physique et overdose de moe. C’est fait pour plaire à un public masculin bien particulier, un public de niche.

Et les anime dits pour « fujoshi », c’est la même chose, mais fait dans l’esprit de plaire avant tout à un public féminin, encore une fois un public de niche: beaux gosses qui font du sport, beaux gosses dans un groupe d’idols, reverse-harem, et tout ce qui s’en suit.

Au final, peu importe votre genre, vous pouvez aimer n’importe quel type d’anime, mais la réalité des choses, c’est que lorsqu’un studio produit un anime, c’est dans le but de faire du profit, et la solution de facilité, c’est souvent de s’adresser à un public dévoué, c’est à dire des fans qui seront prêts à acheter n’importe quel produit dérivés, et bien sûr, les DVDs. Et au Japon, on distingue bien deux types de consommateurs, deux communautés qui ont chacune des fantasmes bien précis: d’un côté, ceux qui veulent du moe (souvent des hommes), et de l’autre, ceux qui veulent des bishounen (souvent des femmes). Voilà comment se sont dessinées les deux catégories « otaku » et « fujoshi ». L’une trouve sa place dans les rues d’Akihabara et l’autre arpente Otome Road à Ikebukuro.

Si vous n’avez pas lu mon article sur le coût d’un anime, c’est le moment ou jamais!, ça apporte un peu de contexte:

En plus de parler des dépenses qu’engendre la production d’un anime, j’explique que contrairement à ce qu’on pourrait croire par chez nous, un anime est rarement « tout public ». Les anime qui marchent le mieux sont ceux qui sont diffusés durant la journée, et c’est des anime « pour toute la famille », des petites productions courtes comme Sazae-san ou Doreamon. Le reste passe généralement après 23h. Même les titres « josei », « shounen »,… qui font aussi dans le marketing genré mais s’adressent un public déjà un petit peu plus large (pas forcément « otaku ») ne sont pas « mainstream » au Japon. Pour qu’un anime rapporte gros, l’idéal serait qu’il rencontre un large succès à l’international, comme Shingeki no Kyojin a su le faire.

Tout ça pour dire qu’une bonne stratégie pour amasser du fric et rentabiliser une production, c’est savoir parler au bon public, et lui donner ce qu’il veut.

Depuis… disons 2010… le marché de l’anime s’est rendu compte que les filles aussi pouvaient dépenser des sommes folles dans leurs séries préférées, et c’est comme ça qu’on a commencé à voir de plus en plus d’anime qui leur été destinés. Mais encore une fois, on parle bien de « fujoshi », d' »otaku », des fans très impliquées et dévouées. Au final, des anime « pour les filles » qui ne s’adressent pas à cette catégorie bien spécifiques de fans, y’en a de moins en moins…

Ore Monogatari!! visait les jeunes filles, Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu ciblait un public féminin plus mature,…

Après, certains anime peuvent viser un certain public et se retrouver avec une audience complètement différente. J’imagine qu’Osomatsu-san en est un exemple, et un bon!; peut-être que je me trompe, mais je crois qu’à l’origine, l’anime n’avait pas pour but de plaire à un public féminin, et pourtant, ses ventes ont explosées grâce à ce dernier.

Il y aussi des titres qui sont un peu « entre les deux »; je pense à Haikyuu!! ou encore Kuroko no Basuke, qui sont, à la base, des manga publiés dans le Weekly Shounen Jump. Tout est dans le titre: c’est littéralement un magazine qui s’adresse aux jeunes garçons. C’est pas pour autant qu’il a renoncé à s’attirer un lectorat féminin.

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Les statistiques de Nikkei Shimbun en 2012 montrent les séries populaires auprès des filles, et celles qui plaisent davantage aux garçons.

Source: article de FoxxFireHeart.

Haikyuu!!, Gintama, Reborn, Kuroko no Basket,… on a lectorat largement féminin, tandis que chez les garçons, on lit plutôt Nisekoi, Kochikame, Medaka Box, Toriko et Beelzebub.

Comme leur nom l’implique, c’est vrai que les fujoshi sont souvent de grandes amatrices de Boys Love ! ça n’aura échappé à personnes. Du coup, pour leur plaire sans pour autant faire un anime explicitement « BL », les studios n’hésitent à insister lourdement sur le sous-texte homoérotique. C’est pas systématiquement le cas: y’a rien de tout ça dans Osomatsu-san, ni dans Uta no Prince-sama (ce qui n’empêche pas les fans de se laisser aller à leur fantaisies; les doujinshi le prouvent bien, et sont là pour ça). Mais c’est très récurrent. On l’a vu dans Free!, mais aussi dans Days, Binan Koukou Chikyuu Boueibu Love!,…

Revenons-en maintenant à Yuri!!! on Ice: très clairement, l’anime appartient à la catégorie « fujoshi », et c’était clair dès le début. Ces dernières années, les anime de sport sont devenus très populaire auprès des fans d’anime: tout a commencé avec Prince of Tennis, puis on a eu Haikyuu!!, Kuroko, Yowamushi Pedal, Ace of Diamond, Free!,… et Yuri!!! on Ice s’est naturellement ajouté à la liste. Si l’omniprésence des beaux gosses ne suffit pas à vous convaincre:

– l’anime est diffusé à 2h21 du mat au Japon, donc clairement, c’est pas un anime tout public

– sa promotion est faite dans des magazines destinés à un lectorat féminin, comme Pash! ou Spoon.2Di

– l’anime a pris d’assaut les magasins Animate, ainsi que la convention Animate Girls Festival: l’Animate est une chaîne de magasins qui s’adressent avant tout à une clientèle féminine.

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Juste quelques exemples qui suffisent à identifier qui est la cible de Yuri!!! on Ice…

Et les anime comme ça, je les adore. D’ailleurs, à la seconde même où Yuri!!! on Ice a été annoncé, alors qu’on n’avait même pas encore de visuel, j’étais déjà fan. Aussi, je sais pas si vous avez remarqué mais… je suis fan de Free!. Et sur ce blog, c’est principalement le type d’anime dont je parle. Je l’ai d’ailleurs nommé « Otome Street » ! Mais je fais aussi partie de la communauté LGBTQ+, et je me soucie de sa représentation dans les médias.

Donc quand ces anime exploitent les relations homosexuelles pour le fanservice, ça me fait grincer des dents.

Pour moi, tout l’intérêt de la représentation, c’est d’offrir de la visibilité aux personnes LGBTQ+. On ne s’en rend pas toujours compte quand on est largement représenté dans les médias, mais c’est très important de pouvoir se reconnaître dans des personnages, de pouvoir s’y identifier et d’avoir des figures qui nous ressemblent. Ca aide à s’accepter, voire à se comprendre, et ça fait juste beaucoup de bien. Ca permet aussi de normaliser certaines choses, de permettre aux minorités d’être mieux acceptées et comprises par les autres. C’est pour ça qu’il faut plus de personnages LGBTQ+ dans les médias « mainstream » qui touchent un large public, mais aussi plus de personnages féminins!!, de personnes racisées, non-valides,…

Quand un anime comme Yuri!!! on Ice montre un couple gay… je suis contente, j’ai envie d’être optimiste, et c’est d’ailleurs ce que j’ai dit dans mon article: je pense que c’est un pas en avant. Mais je ne peux pas ignorer… pour qui est cet anime. C’est pour les filles. Les fans d’anime. Fans qui sont friandes de relations homosexuelles. C’est du fétichisme, de mon point de vue. Et dans tous les cas, c’est pas de la « représentation », ou du moins elle n’est pas efficace.

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J’adore Victuri, c’est une relation fantastique, et pour la première fois, j’ai pas été « queerbait ». Mais ça reste dirigé à un public féminin. C’est pas pour les personnes LGBTQ+, c’est chouette mais loin d’être aussi progressiste que Tumblr veut bien le croire. Au Japon, ça ne contribue pas à la cause LGBTQ+, ça n’aide pas les hommes gays, et d’ailleurs, la plupart ne regardent pas cet anime, peu de gens le regardent en dehors des fangirls. Donc j’en reviens à cette crainte: est-ce que ça vaut vraiment le coup ?

Après, l’anime est diffusé en simulcast à l’étranger grâce à Crunchyroll; alors je veux bien croire que certaines personnes, dans nos contrées, puissent se sentir « représentées », peut-être que ça a quand même un impact positif, mais… le tout dans le tout, je suis pas convaincue. Je ne pense pas que ça va faire avancer grand chose. Et le fandom autour est majoritairement composée de jeunes filles, jeunes femmes, qui pour la plupart fétichisent ce genre de relations. Le marketing autour de l’anime exploite ça. Donc…

Mais peut-être suis-je trop pessimiste, peut-être que le Boys Love, et les anime comme Yuri!!! on Ice, peuvent jouer en la faveur de la cause LGBTQ+ au Japon ? Le sujet de l’article n’est pas le BL, donc je ne vais pas m’étaler, mais j’aimerais vous rediriger vers une lecture intéressante.

C’est un article Harada Akemi pour le site withnews.jp, traduit en anglais par Takurei’s Room (qui est d’ailleurs un super site si vous vous intéressez à la situation LGBTQ+ au Japon).

Je vous laisse lire, mais en gros:

– je ne vous apprends rien mais chaque individu est différent: ainsi, même si des hommes gays n’aiment pas le BL, trouvent ça irréaliste et n’apprécient pas que des filles se forgent une image de « l’homme gay idéal » qui na pas lieu d’être, certains n’ont aucun souci avec les « fujoshi », voire, lisent du BL

– pour Susumu Ryuu (éditeur-en-chef du magazine gay Barazoku), il y a deux types de « fujoshi »: certaines ne savent pas différencier la réalité de la fiction, et d’autres ont un peu plus de considération pour les hommes gays et sont soucieuses de les blesser avec leurs fantasmes

– certaines hommes témoignent du harcèlement de la part de « filles pourries » auquel ils ont fait face, et c’est exactement mon problème avec les « fans de yaoi ». Certaines vont trop loin, confondent BL et réalité, et vont manquer de respect à des vraies personnes. Quelqu’un raconte qu’une femme qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve lui a demandé comment c’était au lit avec un homme, un autre homme a eu affaire à une auto-proclamé fan de BL qui avait « toujours rêvé de rencontrer un homo »,…

– mais Mizoguchi Akiko, maîtresse de conférence dans une école de droit, pensent que le BL peut profiter aux hommes gays dans le sens où lire des histoires à leur sujet peut aider les filles à « compatir » avec eux en s’imaginant à leur place…

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Voilà pour vous donner une idée. Dans cet article, on ne parle pas de BL, mais c’est définitivement lié puisque les anime pour fujoshi jouent souvent sur les sous-entendus homoérotiques, et ont un public amateur de BL. Même quand un anime n’est pas classé « yaoi », la fanbase autour ne perd jamais de temps pour s’en imaginer. Donc quelque part, ça s’applique un peu à notre sujet. Franchement, je ne pense pas que c’est ce dont la cause LGBTQ+ a besoin. Je ne vis pas au Japon donc je ne suis pas bien placée pour en parler, mais il y a peu de représentation positive des personnes LGBTQ+ dans les médias, et même en dehors de ça, la communauté doit se battre pour ses droits, et pour être acceptée. C’est encore un peu taboo, tout ça.

Alors plus que des bande dessinés pornographiques où des hommes couchent ensemble, plus que des anime avec des romances gays, peut-être que ce qui rend le plus service à la cause, c’est d’être mise en avant dans des médias tout publics, avec des personnages LGBTQ+ comme dans Last Friends, des célébrités ouvertement LGBTQ+ comme AyaBambi ou Ataru Nakamura, des events comme la Rainbow Parade,…

Encore une fois: je suis pas japonaise, donc je peux pas m’étaler sur le sujet, mais j’imagine que c’est plus utile que le… boys love.

Tout ça pour en venir au fait que… je pense que c’est attribuer trop de mérite à Yuri!!! on Ice que de dire qu’il contribue à quoi que ce soit pour la cause LGBTQ+ au Japon. Cela dit, je veux croire que c’est un pas en avant, et peut-être que ça encouragera plus de studios à faire des anime avec des protagonistes non-hétéros, de préférence des anime ne se cantonnant pas aux « fujo ». En attendant, c’est pas une avancée aussi exceptionnelle qu’on aimerait le penser.

Sur ce, je pense avoir expliquer et développer ce que je voulais, alors une nouvelle fois, la parole est à vous ! Dites-moi ce que vous pensez de l’officialisation du couple Victuri, et du fait que l’anime vise un public féminin, et discutons-en dans les commentaires !

Derrière les voix de nos personnages préférés: le métier de seiyuu.

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On commence à avoir fait le tour du sujet de l’industrie de l’anime, mais il y a encore une petite chose que je tiens à traiter depuis la création de ce blog: le métier de seiyuu. Notamment parce que je l’avais déjà fait sur mon ancien blog, et c’était un article que j’avais pour projet de recycler, mais j’ai finalement laissé ça de côté, et aujourd’hui, j’ai décidé d’entièrement le refaire. Il rejoindra la série des autres articles sur l’industrie de l’anime, je vous mets les liens ci-dessous si vous ne les avez pas encore lus !

Avant de commencer, je ne pense pas avoir besoin de vous expliquer ce que veut dire le terme « seiyuu, mais juste au cas où…

C’est tout simplement l’équivalent japonais du mot « doubleur » / « comédien de doublage ». Quand on pense « seiyuu », on pense tout de suite aux talentueuses personnes qui prêtent leurs voix aux personnages d’anime, mais le métier de seiyuu ne se réduit pas à l’industrie de l’anime, il peut également consister à doubler des personnages de jeux-vidéos, drama CD,  séries et films étrangers, ou encore faire la voix-off de programmes non-japonais,…

Avant d’être appelés « seiyuu », les comédiens de doublage japonais étaient qualifiés de « koe no haiyuu » (mais comme c’était trop long, on a seulement gardé le dernier kanji!). Cette expression peut être traduit en anglais par « voice actor », terme qu’on retrouve encore sur certains sites ou dans certains magazines. Il n’est pas rare de croiser l’abréviation « VA » (Voice Actor) ou « CV » (Character Voice).

De la même façon que je l’avais fait pour l’article qui traitait des étapes de la production d’un anime, et de toutes les difficultés qui allaient avec, cet article consistera en une petite sélection d’articles qui traitent du métier de seiyuu.

Ce qui me gêne un peu, c’est qu’à chaque fois, c’est des liens vers des sites anglophones que je propose, et j’ai bien conscience que tous mes lecteurs ne sont pas parfaitement bilingues; le problème, c’est que j’arrive jamais à trouver mon bonheur sur des sites français (cela dit, si vous avez des bonnes adresses, n’hésitez pas à les partager) ! Mais du coup, je m’engage à traduire les points les plus importants. C’est parti !

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Singing and dancing lessons, too!? An inside-look at a Tokyo voice acting academy, par Krista Rogers sur RocketNews24. [ http://en.rocketnews24.com/2015/12/02/singing-and-dancing-lessons-too-an-inside-look-at-a-tokyo-voice-acting-academy/ ]

Ha… j’ai l’impression de préparer un oral d’anglais pour le bac: je rassemble des documents sur un même thème, et j’en fais la synthèse… J’espère que ça fait pas trop scolaire, mais c’est un article que je tenais vraiment à partager.

Comme vous le savez, le Japon prend le métier de comédien de doublage un peu plus au sérieux que la plupart des autres pays, tant et si bien qu’il y a même des écoles qui forment à ce métier. Une des journalistes du site RocketNews24 s’est rendue dans l’une de ces écoles: la « Amusement Media Academy » dans le quartier d’Ebisu à Shibuya.

On y découvre qu’en plus de prendre des cours de doublage, les élèves aspirants à devenir doubleurs doivent également prendre des cours de danse et de chant. En fait, on a déjà vu dans un article précédent qu’être seiyuu, ça rapportait pas des masses. A moins… d’être vraiment très populaire, de bosser sur plusieurs anime en même temps, et d’accéder au statut d’ « idol ». C’est le cas de, par exemple, Miyano Mamoru ou Yukari Tamura: leur métier de seiyuu a été un tremplin pour une carrière musicale. Des seiyuu comme ça, il y en a de plus en plus ces dernières années, et si on veut vraiment vivre de ce métier, c’est ce qu’il faut viser. Du coup, pour se démarquer et réussir, il faut rassembler différentes compétences: être bon en doublage, ce qui implique savoir jouer la comédie, mais aussi savoir chanter et danser.

La journaliste était surprise de voir que leur cours ne consistait pas simplement à réciter un texte derrière un micro: les élèves jouent leur script, comme s’ils faisaient une pièce de théâtre. Mais ça, à la rigueur, ça ne me surprend pas plus que ça; même en France, si on veut faire carrière dans le doublage, il faut passer par la case théâtre, les deux sont intimement liés, c’est pas pour rien qu’on parle de comédien de doublage. Mais c’est vrai que c’est assez impressionnant de voir à quel point cette profession devient exigeante: il faut savoir parfaitement jouer la comédie, savoir danser, et chanter avant de pouvoir envisager une carrière professionnelle.

L’article est accompagné de deux vidéos, l’une se concentre sur le déroulement des cours, et l’autre est une interview de la seiyuu Hiro Yuki.

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Faire un anime: qu’est-ce que ça coûte ?

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Je suis de retour avec un article sur l’industrie de l’anime ! Sur ce blog, on a déjà vu pas mal de choses à ce sujet:

Aujourd’hui, pour compléter tout ça, on va parler budget. Il était temps ! Je pense que pour comprendre l’industrie, il est essentiel d’avoir une idée du coût de production d’un anime, mais c’est pas des chiffres évidents à estimer sachant que ça peut pas mal varier d’un studio à l’autre selon les moyens de ce dernier. Mais d’après ce que j’ai trouvé, voilà ce que ça représente, en moyenne:

– D’après une étude de la Media Development Research Institute Inc. datant 2010, le coût de production d’un épisode d’anime de 30 minutes était autour de 11 million de yen, ce qui, avec le taux de change actuel (11/11/2015), reviendrait à environ 83 384€. Et pour entrer un peu plus dans les détails…:

  • Œuvre originale: 378€
  • Scénario: 1 515€
  • Réalisation de l’épisode: 3 790€
  • Production: 15 165€
  • Supervision de l’animation: 1 894€
  • Animation: 11 367€
  • In-betweening (animation intermédiaire): 8 340€
  • Nettoyage: 9 096€
  • Arrière-plans: 9 096€
  • Photographie: 5 307€
  • Son: 9 096€
  • Equipements: 3 033€
  • Montage: 1 516€
  • Impression: 3 791€

Ces chiffres sont issus du magazine Shuukan Tôyô Keizai. Source: Crunchyroll

– Et histoire d’avoir des chiffres un peu plus récents, il y  a quelques mois, Masamune Sakaki (un animateur 3D dans l’industrie de l’anime) a affirmé qu’un anime de 13 épisodes coûtait environ 250 million de yen. Avec le taux de change actuel, en euro, ça représente 1 893 767€. En juillet, Takayuki Nagatani (le producteur de Shirobako) a également estimer le coût de production d’un anime: dans une interview, il affirme qu’un anime de 24 épisodes représente une somme d’environ 500 million de yen, soit 3 785 798€.

Source: Anime News Network

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C’est pas gratuit tout ça ! Mais même si ces sommes peuvent paraître impressionnantes, comparé aux budgets qu’on a par chez nous, c’est… c’est vraiment pas grand chose. Par exemple; Nickelodeon a des budgets qui vont de 560 000 à 650 000€ par épisodes pour ses séries animées; et, même si je retrouve plus aucune source fiable pour le confirmer, je crois même qu’Avatar: The Last Airbender revenait à environ 830 000€ par épisodes.

Mais voilà, le fait est que produire un anime, ça demande pas mal d’argent, tout ça pour beaucoup de restrictions et un salaire de misère. Donc quand on fait des dépenses pareilles, tout ce qu’on peut espérer, c’est que l’anime soit rentable.

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Sauf que la majeure partie du temps, ce n’est pas le cas ! C’est pour ça que la plupart des studios galèrent, et certains font même banqueroute (comme ça a été le cas récemment pour Manglobe) !

Le truc, c’est que les anime qui rapportent le plus d’argent, c’est les anime destinés aux enfants, les anime « tout public » qui s’adressent à la famille et qui sont diffusés pendant la journée. Détective Conan, Crayon Shin-chan, One Piece,… tous ces anime ont plus de 700 épisodes, et se payent le luxe d’être diffusés à la télé depuis des années et des années ! Sazae-san existe depuis 1969, a plus de 7 000 épisodes, et est toujours en cours de diffusion à l’heure d’aujourd’hui ! Au Japon, ce sont ces anime-là qui sont populaires auprès du public « mainstream » et qui rapportent aux studios d’animation.

Les autres anime synonymes de succès commercial sont ceux qui arrivent à se créer une large fanbase à l’étranger. C’est le cas, par exemple, de Shingeki no Kyojin, qui a réussi à séduire un public international, qui est regardé par des gens qui ne s’intéressent même pas aux anime,… (Et autant dire que le studio essaie d’en tirer le plus d’argent possible par le biais d’une multitude de campagnes marketing.)

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Mais les anime comme Heavy Object, Starmyu, Yuru Yuri, Haikyuu!!,… (pour en citer des récents) sont largement moins regardés à la télévision japonaises, notamment parce qu’ils sont diffusés tard le soir. La plupart des anime vise un public de niche, et la niche en question, c’est bien sûr les otaku.

Ces anime ne sont donc pas ceux qui marchent le mieux, ce ne sont pas ceux qui touchent un public « mainstream », et pourtant, on continue d’en produire. En masse. A chaque saison, y’en a un nouvel arrivage, et parfois, on a l’impression qu’il n’y a que ça. Que ça soit destiné à un public masculin qui aime les seins qui rebondissent et les lolis moe, ou que ça vise un public féminin qui aime le boy’s love et les bishônen. La raison, c’est que les otaku sont des fans dévoués, obsédés, collectionneurs. C’est le public le plus susceptible de claquer tout son argent dans des DVDs et des produits dérivés. Et ça tombe bien, parce que vu que c’est pas avec les taux d’audience que les studios vont rentabiliser ce qu’ils ont dépensé pour la production d’un anime, la majeure partie de leur argent va venir de là: les grosses campagnes publicitaires, les ventes de DVDs et de produits dérivés, la vente de figurines, l’organisation d’events,… Et même comme ça, c’est très rare qu’un studio arrive à faire des bénéfices, peu arrivent à récupérer l’argent qu’ils ont dépensé durant la production.

Et c’est aussi pour ça que peu d’anime osent prendre des risques et faire quelque chose de différent, parce que si c’est ni un anime tout public, ni un anime pour otaku, c’est dur de se trouver un public et de faire vendre.

Mais bon, tout ça, j’ai le souvenir d’en avoir déjà parlé d’un autre article, donc j’espère que vous le saviez déjà !

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Ce qu’il faut retenir de cet article, c’est que: produire un anime revient cher aux studios d’animation, et c’est même pas rentable.

Je pense avoir fait le tour de la question; j’imagine qu’il y aurait encore des choses à dire mais j’ai fait ce que j’ai pu avec mes connaissances sur le sujet qui restent limitées ! J’espère que cet article vous a plu et vous aura appris quelques trucs; si vous voulez que je me penche sur un autre aspect de l’industrie de l’anime dans un prochain article, n’hésitez pas à me le faire savoir dans les commentaires !

Faire un épisode d’anime: quelles sont les étapes et les difficultés ?

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Image de l’anime « Shirobako », un anime à voir si vous vous intéressez à l’industrie de l’animation japonaise.

Qu’est-ce que ça demande de faire un épisode d’anime ? Comment procède-t-on ? Généralement, quand j’ai une petite panne d’inspiration et que je vous demande des idées d’article, ce sujet là revient quasiment à chaque fois. Evidemment, j’aimerais bien répondre à vos attentes; le problème, c’est que je ne suis pas assez renseignée pour vous offrir un article complet sur le sujet. Alors pourquoi suis-je malgré tout en train d’écrire ces lignes ? Parce qu’on me le demande souvent, déjà, et que je vois beaucoup de gens descendre des studios pour la qualité de leur animation, et que je pense que cet article serait l’occasion de montrer un peu la réalité de l’industrie de l’anime.

Mais comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas la personne la plus qualifiée pour parler de ça, donc cet article sera plutôt une compilation de liens vers des posts qui parleront de la création d’un épisode d’anime mieux que je ne pourrais jamais le faire moi-même.

Avant, peut-être que ça vous intéresserait aussi de lire mon article sur ce que ça implique de créer un anime: pourquoi on en fait ? qui décide de les faire ? qu’est-ce qui décide du nombre de saisons ?

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  1. Pour commencer, je vous propose un graphique qui détaille chacune des étapes de la production d’un épisode d’anime. Ca résume plutôt bien n’importe quel grand discours sur le sujet. (A noter cependant que tous les studios ne suivent pas forcément le même schéma.) Ce graphique vient du site anglais du studio d’animation AIC, mais je l’ai trouvé sur Washi’s Blog, qui a un excellent article détaillant chacune des étapes du graphique. Et à la fin de ce même article, il y a plein de liens vers d’articles utiles sur le même sujet, donc si vous êtes curieux de savoir comment on fait un épisode d’anime, et que vous comprenez l’anglais, c’est vraiment l’article que je vous conseille de lire. prod
  2. Ensuite ! Danny Choo, de Culture Japan, se posait la même question que nous, et est allé mener sa petite enquête directement sur le terrain. La vidéo ci-dessous a été filmée au sein du studio J.C.Staff, et nous montre les différentes étapes de la production d’un épisode.
  3. Et maintenant qu’on a vu le processus par lequel on passe pour faire un anime, je pense qu’on a tous conscience du travail colossal que ça demande de faire ne serait-ce qu’un seul épisode. Et comme si ce n’était déjà pas assez dur comme ça, les employés travaillent tous dans des conditions assez déplorables. Pour finir, j’aimerais vous rediriger vers un tweet qui nous fait une petite piqure de rappel quant aux conditions dans lesquels sont produits nos anime.

« Certaines personnes, comme le producteur, le réalisateurs, certains designers et assistants producteurs, touchent un salaire durant toute la production, donc on essaie de réduire les horaires de travail pour limiter le coût de la production.

Mais la plupart des membres du staff sont des « freelancers »(/travailleurs indépendants).

Financièrement, c’est impossible de faire travailler tous les employés au sein du studio. Seulement un studio a su le faire, le studio Ghibli.

Le problème n’est pas que les studios sont radins.

Les studios d’animation japonaise sont de petites entreprises qui se démènent avec les budgets accordés par leurs clients. Ils ne détiennent aucun droit.

Généralement, ils ne font pas d’importants bénéfices et ne sont pas en mesure d’investir leur propre argent dans la PI qu’ils créent.

Au Japon, les budgets pour l’animation sont ridiculement bas.

Dans les années 60, pour mettre en place son idée de produire des séries animées hebdomaires, Osamu Tezuka a demandé aux animateurs de faire un tas de sacrifices. Travailler très dur, pour un très petit salaire.

50 ans plus tard, c’est toujours la norme.

Lors de la production d’une série télévisée, un animateur est généralement payé autour de 36€ (40$) pour animer une « cut ». Et les « inbetweeners » gagnent autour d’1€80 (2$) par dessin.

Pour vivre de leur métier, les animateurs doivent travailler très vite, et ne peuvent pas se permettre de travailler seulement sur une série. Une grande partie des animateurs sont des travailleurs indépendants qui travaillent pour plusieurs studios à la fois.

Le problème, c’est que l’industrie de l’anime produit maintenant trop de contenu, à un rythme extrêmement rapide.

Il n’y a pas assez d’animateurs qualifiés et expérimentés pour superviser la production et enseigner aux débutants.

Les studios n’ont d’autres choix que de travailler avec des animateurs peu qualifiés, parfois même avec des amateurs qui font ça seulement pour un passe-temps.

Ils n’ont aussi pas d’autres choix que de d’externaliser le travail dans d’autres pays, pas pour limiter les dépenses, mais pour finir l’épisode à temps.

Tout le monde dans l’industrie est constamment incroyablement occupé.

Surtout les animateurs qualifiés. Mais même les plus médiocres sont demandés régulièrement.

Et c’est très courant que personne ne travaille sur votre série jusqu’au tout dernir moment, parce que tout le monde se démène déjà ailleurs pour respecter les délais d’autres productions.

Actuellement, c’est aussi courant d’entendre les gens parler de « miracle » quand un épisode est diffusé à temps. Parfois, son animation n’a commencé que deux semaines avant la diffusion, et des épisodes peuvent être terminés seulement quelques heures avant d’être montrés à la télévision. La qualité sera peut-être médiocre, mais ce qui compte le plus, c’est d’avoir quelque chose à mettre à l’écran. »

Bon, je plaide coupable: je me plains aussi souvent de la qualité d’animation. Mais quand un épisode est particulièrement dégueulasse à regarder, comme c’était le cas cette semaine avec Dragon Ball Super, ou comme ça a déjà été le cas avec Sailor Moon Crystal, DRAMAtical Murder,…, c’est l’occasion de penser aux conditions dans lesquels sont contraints de travailler les animateurs. Et d’appécier le travail qu’ils font, même si parfois ils ne sont pas toujours à la hauteur, parce que comme on a pu le voir à travers cet article, c’est un travail monstre que de produire un anime, et les conditions de travail des employés sont catastrophiques. Et les budgets ne sont jamais énormes, il faut souvent faire des coupes, et les studios essaient de rattraper la qualité de l’animation tant bien que mal dans les DVDs/Blu-ray (parce qu’à ce moment là, le budget est plus important).

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dramaaaUn animation médiocre est forcément vue comme un défaut; il n’empêche que ça serait bien si on pouvait essayer de mieux comprendre les raisons derrière un travail « bâclé ».

Voilà, c’est ici que s’arrête cet article: j’espère que vous l’avez trouvé intéressant, et qu’il vous a plu ! Et que maintenant, vous comprenez mieux l’industrie de l’anime, et comment fonctionne la production d’un anime. Avec toutes les critiques que s’est pris le dernier épisode en date de Dragon Ball Super, j’ai pensé qu’il serait important de se rappeler le travail monumental derrière chaque épisode d’anime, et tous les sacrifices que font les employés.

Travailler dans l’industrie de l’anime: qu’est-ce que ça rapporte ?

Dans mon précédent article, je faisais remarquer que les personnes qui travaillaient sur la réalisation d’un anime se tuaient à la tâche, pour un bien maigre salaire.

L’année dernière, sur Twitter, l’utilisateur @miku820 a posté le graphique que vous pouvez voir ci-dessous. On peut y voir le revenu annuel selon la profession exercée au sein d’un studio d’animation japonaise. Evidemment, ces chiffres peuvent changer; c’est une moyenne, pour vous donner une idée. Cet article va probablement être un peu court, mais je voulais le faire juste pour partager cette image avec vous:

SALAIRES

Animateur / Etudiant / Mi-temps / Assistant producteur / Animateur CG / Réalisateur de l’épisode / Réalisateur de l’anime / Animateur en chef / Producteur exécutif / Doubleuse en vogue

La réponse à la question énoncée dans mon titre est donc… rien. Ou presque. Certains de ces salaires sont même carrément tristes, voire révoltants.

  • C’est sans doute pour ça qu’il y a de plus en plus d’anime pour des otaku fait par des otaku; pour faire ces métiers et se contenter de ce genre de salaires, il faut vraiment être passionné parce ce qu’on fait… (tous les passionnés d’animation ne sont pas des otaku mais une bonne partie)
  • Pour ceux qui se demandent, ce qui explique que les animateurs soient aussi peu payés, c’est qu’ils sont en fait payés au nombre de trames qu’ils dessinent (je ne suis pas sûre de mes sources mais je crois qu’une trame rapporte tout juste ~1€…).
  • Il faut quand même qu’on s’attarde sur le cas de la seiyuu; ce n’est vraiment pas représentatif de ce que gagne un doubleur au Japon. Là, on parle d’une « A-list seiyuu », une doubleuse très prisée, mais seulement une poignée de doubleurs sont dans ce cas au Japon. Ceux qui gagnent autant doivent se compter sur les doigts de la main. En réalité, un doubleur « normal » gagne tout juste entre 20 et 30€ par épisode. Le grand maximum doit être aux alentours de 500€, mais c’est extrêmement rare. Le salaire affiché sur le graphique n’est donc pas la norme, il en est même très loin.

Voilà pourquoi il est important de soutenir les studios d’animation en regardant leurs anime légalement et en achetant les DVDs et produits dérivés ! C’est de l’argent largement mérité, et dont ils ont cruellement besoin !